BAISSE DU LOYER AU SÉNÉGAL : L’efficacité du décret d’application divise les acteurs

Une loi devrait entrer en vigueur le premier janvier passé pour réguler le secteur du loyer au Sénégal. A la place, le Gouvernement de Macky a fini par prendre un décret qui sera mis en application en ce début de mois de mars. La baisse est ainsi prévue : 5% pour les loyers de plus 500 mille, 10% pour ceux allant de 300 milles à 500 milles et 20% pour les loyers inférieurs ou égaux à 300 mille. Une mesure qui divise les acteurs.

BAISSE DU LOYER AU SÉNÉGAL : L’efficacité du décret d’application divise les acteurs

Demain, 01 mars, va entrer en vigueur le décret d’application portant sur la baisse du prix du loyer au Sénégal. Si cette décision fera le bonheur de certains locataires, il fait déjà le malheur d’autres comme  Kristal Mamba qui, il y a plus de trois semaines, est à la recherche d’un abri. Cet homme à la quarantaine est d’origine congolaise. Il se dit étonné par les prix proposés par les courtiers.

Kristal cherche une chambre avec une douche intérieure. A la médina et à Fass on lui en a proposé quelques-unes. « Mais les prix font fuir », dit-il d’humeur chagrine, lorsque nous l’avons rencontré, ce matin, près du marché Fass en train de discuter avec un courtier. « 100 mille francs pour une chambre avec douche intérieure à Dakar !  Jamais je ne pouvais imaginer qu’on en serait  à ce stade », dit-il ébahi.

Les contrecoups de la décision

Le moment n’est certainement pas favorable pour Kristal mamba. En effet, Ismalia  Coly coutier trouvé au rond-point Sham, observe une augmentation “anormale” du prix des loyers ces derniers temps. « Plus on s’approchait de la date de mise en application du décret, les bailleurs augmentent les prix. Ils s’arrangent toujours pour retrouver le prix initial d’une chambre ou d’un appartement. Par exemple, avant que l’on parle de la baisse du coût du loyer, il était facile de trouver une chambre avec douche intérieure à 60 mille francs. Et maintenant, les chambres ayant cette caractéristique qui ont été louées, ces derniers temps, ont été prises à 70 mille voire 75 mille francs. Donc, lorsque la baisse sera appliquée, le bailleur va se retrouver avec son prix initial, d’autres vont même gagner plus», détaille le courtier, assis sur un banc dans l’attente de clients.

« On nous traite de tout »

Ils sont nombreux ces courtiers ou agents immobiliers qui avouent subir aussi cette situation. Assy, nom d’emprunt, travaille dans une agence immobilière à Ouakam. La jeune dame met des statuts WhatsApp avec plus d’une vingtaine d’annonces de chambres et d’appartements par jour.

Des appartements de 500 mille, 150 mille francs et des chambres à partir de 70 mille sont les offres qu'Assy propose. Elle reconnaît toutefois que ces prix sont trop élevés, mais soutient c n’être qu’une simple intermédiaire entre bailleurs et locataires. « Mais beaucoup ne comprennent pas cela ; ils pensent que c’est nous qui prenons, par simple désir, la décision de d’augmenter le prix des habitations. Alors que tout ce qu’on propose aux locataires vient des propriétaires. On nous traite de tous les noms : méchants, profiteurs…Tout ça parce qu’on fait notre boulot », dit-elle avec un sourire fade.

Décider d’une baisse, sans prendre en compte tous les paramètres qui se greffent autour du secteur, est une mauvaise décision, pense Alassane un courtier qui s’active dans les zones Ngor, Ouakam et Almadies. « Moi, je comprends tout à fait les bailleurs : ils doivent rentrer dans leurs fonds. Les matériaux de construction deviennent de plus en plus chers ; vouloir décider d’une baisse sans prendre en compte ces facteurs, revient à les pénaliser et, en conséquence, mettre les locataires dans des difficultés », pense le jeune homme assis sur son scooter vers la Brioche Dorée de Ouakam. Ce garçon au teint noir qui combine courtage et livraison à la fois regrette également le fait que les courtiers soient incompris des populations.

Cette réduction du coût loyer, en principe, devrait plus profiter à ceux qui avaient des chambres ou appartements bien avant que l’information sur la baisse du loyer ne fasse écho. Mais à ce niveau également, beaucoup restent dubitatifs quant à l’efficacité de la mesure.

Les éventuels désagréments

Maimouna Diallo, un panier accroché au coude, s’apprête à faire ses achats pour la dépense de la journée au marché Fass. Interpellée sur cette réduction du loyer, la dame qui occupe actuellement un appartement de 2 chambres et salon avec sa famille au quartier Fass paillote, à un prix 155 milles francs, craint un jour d’être importunée par son bailleur. « Il est actuellement impossible de trouver un pareil  appartement à Fass à ce prix. Et si le bailleur accepte d'appliquer la réduction, je suis sûre qu’il ne va pas tarder à trouver des excuses pour nous mettre dehors afin d’augmenter le prix », regrette la dame qui souhaite même ne pas bénéficier de cette réduction, si cela peut lui éviter des ennuis.

Mais, d’un autre côté, les autorités sénégalaises rassurent avoir pris toutes les dispositions pour faire en sorte que des locataires, comme Maimouna Diallo, ne connaissent des désagréments de ce type.

 Lors du grand jury du dimanche, 19 février, sur la radio future média, le ministre du commerce, des  Pme et de la consommation et par ailleurs porte-parole du gouvernement, Abdou Karim Fofana, avait tenu ses propos : « Nous avons constaté depuis 2019 une hausse des loyers. Pour cette raison, le gouvernement a décidé de lancer le programme 100 mille logements pour éviter une inflation généralisée qui impacte  le premier poste de dépense de nos concitoyens. Nous avons constaté également que faire baisser les loyers c’était bien, mais avoir un outil et un organe de régulation c’est encore mieux. Nous prévoyons à cet effet de créer la CONAREL (Commission nationale de régulation des loyers) avec des déclinaisons territoriales au niveau régional et départemental pour permettre aux locataires et aux bailleurs, lorsqu'ils ont des contentieux, d’être saisi. Le gouvernement cherche aussi à mettre en place une vaste campagne de communication pour permettre aux deux entités de connaître leurs droits.»

Par Ibrahima MINTHE